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Les origines médiévales de la Belarus. At the medieval origins of Belarus

30 janvier 2026 · 14h00 17h00

Séminaire Mondes nordiques et normands médiévaux 2025-2026.

Séance organisée avec le groupe AHLoMA, le CRH de l’EHESS.

Organisateur :

Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales (Craham) – UMR 6273

Voir le site Organisateur

Lieu :

Caen · campus 1 · MRSH · salle des Actes (SH 027)

esplanade de la Paix
Caen, 14032 France
Plus d’infos sur le Lieu

Communications

Mikalai Plavinski (Faculté d’archéologie · Université de Varsovie), Forests of Slavs and Balts, Rivers of Scandinavians, or the Territory of Belarus in the Viking Age: an archaeological perspective / Forêts des Slaves et des Baltes, rivières des Scandinaves, ou le territoire de la Bélarus durant l’âge des Vikings : une approche archéologique.

Aliaksandr Hrusha (Académie des sciences de Pologne · Varsovie), The Other Rus’: The Lands of Belarus’ in The Grand Duchy of Lithuania (1250-1563) / L’autre Rous’ : les terres de la Bélarus dans le Grand-Duché de Lituanie (1250–1563).

Les communications seront données en anglais.

Mikalai Plavinski : Forests of Slavs and Balts, Rivers of Scandinavians, or the Territory of Belarus in the Viking Age: an archaeological perspective

L’époque des vikings attire l’attention non seulement des spécialistes, archéologues et historiens, mais aussi du grand public et d’amateurs, de reconstitueurs et de romantiques qui cherchent, dans ce temps entouré de légendes, une source d’inspiration et de force spirituelle pour survivre dans le monde des « jungles urbaines » modernes. Interrogées sur l’Âge viking, la plupart des personnes évoqueront sans doute les nombreux raids sur les régions côtières de l’Europe continentale et des îles Britanniques, leurs lointaines expéditions maritimes, l’installation en Islande et au Groenland, ainsi que la découverte de l’Amérique. Les personnes plus familières de cette période mentionneront les grands tumuli de Gamla Uppsala, les sites artisanaux et commerciaux de Birka et de Hedeby, les trésors d’argent du Gotland, ainsi que les navires de Gokstad et de Roskilde. Cependant, même l’amateur le plus passionné aura probablement du mal à se souvenir de quoi que ce soit concernant la présence des Scandinaves sur le territoire du Bélarus et les témoignages qui y sont associés. Quant à l’histoire du Moyen Âge, pour la population locale slave et balte, elle demeure bien souvent une véritable terra incognita.

Afin de lever partiellement le voile de mystère qui entoure cette région et d’en déterminer la place dans la mosaïque des pays et des peuples de l’Europe médiévale, il sera opportun d’aborder plusieurs questions. Il convient, en premier lieu, de décrire le contexte naturel et géographique : le territoire du Bélarus au Moyen Âge présentait un pays de forêts, de rivières et de lacs. Сes terres, durant le Ier millénaire ap. J.-Ch., furent marquées par des transformations ethniques extrêmement complexes, dont la plus importante fut le processus d’émergence et de migration des Slaves. À la fin du Ier millénaire, la plus grande partie du territoire du Bélarus était peuplée de Slaves, tandis qu’une population balte ne subsistait plus que dans le nord-ouest. Les monuments (ou sites) archéologiques attribuables aux populations slaves ou baltes se concentrent dans la zone forestière. Le fait que de grands fleuves d’Europe orientale tels que le Dniepr, la Pripiat’, la Daugava (Dvina occidentale) et le Niémen traversent le territoire du Bélarus a déterminé l’intégration de la région dans la formation du système des routes commerciales transeuropéennes, et, par conséquent, l’apparition de populations originaires de Scandinavie. Pour reconstituer l’histoire du territoire du Bélarus à l’époque des vikings (la colonisation slave, la pénétration des Scandinaves et leur rôle dans la formation des routes commerciales et dans l’émergence de premiers centres administratifs), qui n’est pratiquement pas mentionné dans les sources écrites, ce sont les données archéologiques qui sont décisives. La présentation et la caractérisation des sources archéologiques de la fin du Ier et du début du IIe millénaire sur le territoire du Bélarus constitueront l’objet de la présente communication.

Mikalai Pawlinski

Mikalai Plavinski, archéologue, diplômé de l’Université d’État du Bélarus, Minsk, a soutenu sa thèse de doctorat « Formation et évolution de l’assemblage des armes de combat rapproché et défensives des Xe-XIIIe siècles sur le territoire du Bélarus » en 2010. Après avoir travaillé en 1999–2013 au Musée national d’histoire du Bélarus à Minsk y compris en tant que directeur du département d’archéologie, numismatique et armes, il enseignait à l’Institut international pour l’environnement Andreï Sakharov de l’Université d’État du Bélarus. En 2021- 2022 il était à la tête du Département d’archéologie de Polatsk et de sa région à l’Institut d’histoire de l’Académie nationale des sciences, d’où il a été licencié pour des motifs politiques. Contraint de quitter le Bélarus pour la Pologne, il a pris, depuis 2022, le poste de maître de conférences au Département d’archéologie médiévale et moderne, Faculté d’archéologie, Université de Varsovie. Il est spécialiste des rites funéraires slaves du Moyen Âge et des armes médiévales de l’Europe centrale et orientale. Ses intérêts scientifiques portent sur la formation des premiers centres politiques et administratifs et la circulation monétaire sur le territoire de l’Europe orientale. Il est également l’auteur du catalogue des découvertes des objets d’origine scandinave dans la région située entre le Niemen et la Daugava et a dirigé une expédition archéologique étudiant des sites funéraires et d’habitats de la seconde moitié du Ier millénaire-début du IIe millénaire ap. J.-Ch., dans le nord-ouest du Bélarus, sur la zone de contact slave-balte.Il est auteur et coauteur de 9 monographies, de plus de 200 articles scientifiques et 10 ouvrages de vulgarisation.

Publications principales :

Studies of the 10th–13th Centuries Blade Weapons History in Belarus, Saarbrücken, LAP, 2010, 142 p.

« Old Russian graffiti as sources of weapon history: preliminary statements », Acta Universitatis Lodziensis: Folia Archaeologica, no 29, 2012,p. 66-82.

Sur les routes des Vikings en Bélarus, Minsk, Encyclopédie biélorusse « Petrus Broŭka », 2018, 64 p. (bélarussien).

Merveilles archéologiques du Bélarus, Minsk, Encyclopédie biélorusse « Petrus Broŭka », 2021, 64 p. (bélarussien).

Nécropoles et rites funéraires slaves dans le cours supérieur de la Néris-Vilia à l’époque médiévale : matériaux et études, Minsk, Belaruskaja navuka, 2022, 243 p. (bélarussien).

Aliaksandr Hrusha, The Other Rus’: The Lands of Belarus’ in The Grand Duchy of Lithuania (1250-1563)

Cette communication a pour objet principal la position de la communauté des Rous’ au sein du Grand-Duché de Lituanie. C’est précisément cette communauté qui constitue le prédécesseur socioculturel du Bélarus moderne. Cette Rous’ est moins connue des chercheurs occidentaux que les groupes de Slaves orientaux qui sont passés sous la domination de la Moscovie en adoptant progressivement le même ethnonyme « Rous’ ». Les Rous’ orthodoxes au sein du Grand-Duché de Lituanie, à partir du XIVe siècle, n’ont pas créé leur propre organisation politique puissante et sont devenus partie intégrante d’un État dont la formation et le développement étaient associés à un autre ethnos qui parlait une autre langue et vouait un culte à d’autres divinités : jusqu’au 1387, date de l’adoption du catholicisme, la Lituanie demeurait le dernier État païen d’Europe.

Cependant, l’absence de subjectivité politique de la Rous’ lituanienne n’enlève nullement à cette communauté sa valeur en tant qu’objet d’études historiques. Premièrement, une partie considérable de la Rous’ de Kyiv est entrée dans le Grand-Duché au XIVe siècle, y compris Kyiv elle-même qui conservait son statut de centre religieux et culturel, ainsi que des régions avec une culture et des relations sociales développées telles que Polatsk, Vitsiebsk et le pays de Volhynie dans l’ouest de l’Ukraine. Deuxièmement, ces régions n’étaient pas figées dans leur développement ni de simples appendices de la principale entité politique qu’était Lituanie. Elles se transformaient constamment, notamment à la suite de la réception et de l’adoption d’idées, de modèles et de pratiques provenant de l’Occident, en premier lieu du Royaume de Pologne.

Bien que la Lituanie, détentrice du pouvoir politique suprême, fût d’abord païenne ensuite catholique, la population des Rous’ placée sous cette autorité a conservé son identité. Cette Rous’ a gardé sa propre élite sociale et a pu préserver son propre système administratif et juridique. La population des Rous’ n’a pas été victime de discrimination religieuse ou culturelle, au contraire, elle a exercé une influence considérable sur la culture de l’élite lituanienne.

Ces observations permettent de conclure que la Lituanie, en tant que communauté politiquement dominante, et la Rous’, en tant que société gardant des positions élevées au sein du Grand-Duché, ont entretenu une loyauté mutuelle et ont fait preuve d’une grande capacité à résoudre les conflits, à surmonter les divergences et à établir des relations mutuellement productives. Le fait même de cette loyauté incite à poser les questions suivantes : qu’est-ce qui en constituait le fondement ? comment peut-on comprendre le consensus existant entre la Rous’ et la Lituanie ? en quoi résidait la spécificité de la position de la Rous’ au sein du Grand-Duché et de son intégration politique ?

Dans le cadre de la présentation l’intervenant montrera l’influence de la culture de la Rous’ sur l’élite politique de l’État lituanien, ainsi que les particularités de l’interaction entre les cultures « latine » et « orthodoxe » ou « rousso-byzantine ». L’une des manifestations de cette influence résidait dans le fait que la « langue ruthène » ou « roussine » (nom donné alors aux langues vieux bélarussien et vieil ukrainien) fut pendant longtemps la langue principale du pouvoir, de l’administration et de la justice. Les spécificités des contacts entre les cultures « latine » et « rousso-byzantine » trouvent leur expression dans la quasi-totalité des documents des autorités locales et centrales écrits en cyrillique, en langue ruthène, tandis que les formulaires des actes officiels reposaient sur le modèle latin.

Aliaksandr Hrusha, historien, diplômé de l’Université pédagogique d’État du Bélarus à Minsk, a soutenu sa thèse de doctorat « La chancellerie du Grand-Duché de Lituanie (années 1440 – première moitié du XVIᵉ siècle » en 2001 et en 2017 son habilitation à diriger des recherches intitulée « La documentation écrite du Grand-Duché de Lituanie de la fin du XIVe siècle au premier tiers du XVIe siècle : genèse, introduction et usage ». De 1999 à 2014, il a travaillé à l’Institut d’histoire de l’Académie nationale des sciences du Bélarus, depuis 2001 il enseignait à la Faculté d’histoire de l’Université d’État du Bélarus et depuis 2014 était directeur de la Bibliothèque scientifique centrale de l’Académie nationale des sciences. En 2022 il a été licencié pour des motifs politiques et depuis 2023, en exil en Pologne, il travaille à l’Institut d’histoire de l’Académie polonaise des sciences. Ses recherches s’orientent davantage vers la culture écrite cyrillique, surtout les chartes, les pratiques juridiques, la paléographie et la diplomatique du Grand-Duché de Lituanie à la charnière du Moyen Âge et des Temps modernes, ainsi qu’aux éditions de sources de l’Europe centrale et orientale. Il est auteur de 4 monographies, de plus de 140 articles, de 2 manuels universitaires, et a préparé (seul ou en collaboration) 5 éditions des sources.

Publications principales :

Chancellerie du Grand-Duché de Lituanie (années 1440 – première moitié du XVIᵉ siècle), Minsk, Belaruskaja navuka, 2006, 215 p. (bélarussien).

Actes de Polotsk, XIIIe – début du XVIe siècle : en 2 vol., A. L. Khoroshkevich, A. I. Hrusha et al. (éd.), Moscou, Fondation russe pour le soutien à l’éducation et à la science, 2015, vol. 1, 864 p. ; vol. 2, 522 p. (russe, vieux slavon).

« Сhancery of the Grand Duchy of Lithuania », « Lithuanian Metrica », dans The Polish and Lithuanian Metrica — memory of the state, W. Chorążyczewski, A. Hruša, W. Krawczuk, J. Grabowski, S. Górzyński (dir.), Warszawa, Éditions DIG, 2017, p. 93-132.

Crise de confiance ? Apparition et constitution des documents juridiques dans le Grand-Duché de Lituanie (fin XIVᵉ – premier tiers du XVIᵉ siècle), Moscou, Saint-Pétersbourg, Centre des initiatives humanitaires, 2019, 608 p. (russe).

La tradition et son dépassement : la Rous’ et le Grand-Duché de Lituanie du XIIᵉ au premier tiers du XVIᵉ siècle, Vilnius, Cilonas UAB, 2024, 444 p. (russe).

Coordination

P. Bauduin (UMR Craham · Unicaen) et A. Musin (UMR Craham · Unicaen – UMR Crh – EHESS)

Affiche