Cristian David López Ushakov

Accueil d’un doctorant espagnol (C. D. López Ushakov) pour 3 mois

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À partir du 1er octobre 2026 et pour une durée de trois mois, le CRAHAM accueillera M. Cristian David López Ushakov, doctorant au Département d’histoire de la Faculté de géographie et d’histoire de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle (USC), en Espagne, dans le cadre de son séjour de recherche. Il sera encadré par Alban Gautier, professeur d’histoire médiévale dans notre université, assisté d‘Aleksandr Musin, membre associé du CRAHAM, chargé d’enseignement vacataire à Caen et chercheur au Centre de recherches historiques (CRH) de l’EHESS. La directrice de thèse de C. D. López Ushakov est Diana Pelaz Flores, professeure d’histoire médiévale et secrétaire du Département d’histoire de l’USC. Son séjour dans notre Centre, prévu dans le cadre de son contrat doctoral, est pris en charge par la Xunta (Gouvernement régional) de Galice et approuvé par l’École doctorale de son Université.

Projet de recherche

Le projet de recherche que C. D. López Ushakov réalisera au cours de son séjour, intitulé « Étude des processus socioculturels et des relations de genre dans la Rous’ médiévale : apports des sources textuelles et archéologiques », s’inscrit dans le cadre de sa thèse de doctorat intitulée « La femme et l’homme dans la Rous’. Étude des conceptions sociales et des réalités historiques (XIe-XVe siècles) ».

L’auteur se fixe des objectifs ambitieux, mais tout à fait réalisables. L’un des points importants de cette étude est de dépasser les barrières historiographiques qui subsistent entre l’Europe occidentale et l’Europe orientale. Tout en cherchant à surmonter cet isolement, une attention particulière sera accordée à l’analyse critique des recherches consacrées à la Rous’, menées à l’échelle nationale en Europe orientale comme en Europe occidentale. Ces deux orientations doivent, d’une part, permettre de continuer à élargir les horizons des connaissances historiques de la société espagnole et, d’autre part, contribuer à renforcer les études slaves dans les milieux académiques espagnols et, plus largement, européens.

Cependant, il ne s’agit pas exclusivement d’une dimension historiographique, mais également d’une étude des sources. Le projet de recherche, tout comme la thèse elle-même, dépasse largement le cadre des études de genre, notamment en raison de son caractère interdisciplinaire. Plus encore, il vise à réexaminer les conceptions scientifiques contemporaines ainsi que les représentations du Moyen Âge à la lumière des sources conservées, écrites (chroniques, sources hagiographiques comme le Paterikon du monastère des Grottes de Kyiv, textes juridiques, avant tout la Loi des Rous’ ou Pravda rous’kaia, écrits de caractère polémique, tant social que confessionnel et anti-latin) et matérielles, notamment les sceaux en plomb et certaines objets archéologiques, ainsi que les sources qui se situent à l’interface entre archéologie et documentation écrite, telles que les documents sur écorce de bouleau. L’auteur souligne également la nécessité de travailler sur les œuvres iconographiques, susceptibles de refléter des scènes de genre issues des textes hagiographiques.

Étant russophone, M. López Ushakov est en mesure d’étudier et d’évaluer directement les sources elles-mêmes ainsi que leurs interprétations dans l’historiographie moderne, et de mettre les connaissances ainsi acquises en regard de l’état actuel de la recherche sur ces questions dans la médiévistique internationale.

Cette dimension comparative, tant du point de vue de l’état des sources que de celui de l’état de la recherche, constitue un élément particulièrement important pour la réussite du projet et, plus largement, pour l’aboutissement de la thèse.

En outre, tout au long de ce travail, et dans la mesure du possible, les traductions partielles ou intégrales des sources utilisées seront encouragées, afin d’en favoriser la diffusion, la compréhension et la connaissance auprès des futurs lecteurs.

Dans ce cadre, l’un des objectifs de la recherche consiste à analyser les influences potentielles que les différentes régions et civilisations voisines de l’Europe de l’Est : l’Occident latin, la Byzance orthodoxe ou le « Byzantine Commonwealth », ainsi que le monde des sociétés nomades, ont pu exercer sur les sociétés et les cultures slaves orientales, et à comparer ces influences. Dans cette perspective, les sources scandinaves relatives aux mondes normands et nordiques médiévaux, issues de la « diaspora normande », tant les sagas que les documents juridiques et, dans une certaine mesure, les données archéologiques, occupent une place importante. Cette « orientation septentrionale » s’inscrit de manière cohérente dans les axes et les domaines d’intérêt traditionnels du CRAHAM.

L’auteur se propose d’analyser dans quelle mesure les conceptions des rapports entre l’homme et la femme, regardées comme normatives, ont été effectivement diffusées et d’étudier les formes de comportement qui s’en écartent. À cette fin, il entend analyser les informations relatives à la vie quotidienne des Slaves orientaux, dans laquelle la diffusion des modèles normatifs était liée à leur christianisation.

Dans cette perspective, l’analyse des récits relatant les écarts à ces normes et des modalités selon lesquelles le pouvoir réagissait à de tels écarts présente également un grand intérêt. Dans le cadre de cette problématique, la question de l’« altérité » sera également abordée, avec une attention particulière portée aux représentations du genre propres aux peuples voisins, généralement nomades, qui vivaient à l’Est de la Rous’.

L’intérêt porté à l’analyse des conceptions du genre chez ces peuples voisins réside avant tout dans la volonté de voir comment le modèle de l’Europe de l’Est se définit par opposition à d’autres modèles, notamment à celui du christianisme latin en Europe. Il serait particulièrement intéressant d’analyser si les différences résultaient de la différenciation dogmatique progressive entre les traditions orthodoxe et latine du christianisme et si, par conséquent, elles étaient liées à ce que l’on désigne dans la Rous’ comme la « polémique anti-latine ». Il est tout aussi important de mettre en évidence les similitudes et les convergences qui remontent à une tradition chrétienne commune.

En outre, il sera tenté d’analyser les traits communs aux différentes conceptions du genre et des relations homme-femme caractéristiques des territoires européens, afin de confirmer ou d’infirmer l’existence d’une conception normative fondamentale propre au christianisme, qui permettrait de parler d’un modèle médiéval européen du genre.

Cet aspect devrait contribuer à faire progresser l’élaboration d’une histoire globale du Moyen Âge européen, intégrant les territoires de l’Europe orientale qui sont généralement laissés de côté par les constructions historiques.

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